Mary s'allume une cigarette en se disant que le travail peut bien attendre cinq minutes de plus, que le monde ne cessera pas de tourner pour si peu. Elle arrivera à l'heure, même si elle n'a pas les dix minutes d'avance habituelles. Elle sera au poste malgré son envie de tout laisser tomber. Mais c'est avec un sourire amer qu'elle se répète que pour les merveilleuses compagnies avec lesquelles elle fait affaire, le fait d'avoir envie de tout sacrer là n'est pas une raison suffisante pour ne pas payer ses factures à temps, encore moins pour ne pas les payer du tout. Exhalant une dernière bouffée de sa cigarette, elle prend une grande inspiration qui, elle l'espère, lui apportera le courage nécessaire pour affronter la journée qui s'annonce pénible. Elle enfile sa veste de travail avant de sortir pour affronter la pluie qui fait rage, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur d'elle.
Claquant la porte après un quart de travail qui à semblé ne pas vouloir finir, elle se dit qu'il vaut peut-être mieux que son mari ne soit pas là. Il aurait sans doute trouvé que le niveau de décibel causé par la fermeture de la porte était trop élevé. Mieux vaut qu'il ne se retrouve jamais dans sa tête; c'est les tympans percés et sanglants qu'il finirait sa visite infernale. Sans même les détacher, elle enlève ses souliers et ne prends pas la peine de les ranger à la place qui est habituellement la leur, bien parallèles l'un à côté de l'autre. Encore une petite entorse au code sacré. Inconsciemment, elle y prends un certain plaisir. Un minuscule retour en arrière, du temps de son adolescence, du premier appartement, ce temps lointain ou tout était permis. Sans papa ou maman pour surveiller derrière son dos, pour s'assurer que tout est à sa place, bien rangé, bien placé. Sans vraiment y songer, elle avait fait la même chose avec ses deux filles, avait répété le même scénario que celui qu'elle avait elle-même vécu. Comme de quoi il y a certaines choses qui se répètent , qu'on le veuille ou non. Est-ce que son mari la considèrerait comme une éternelle adolescente pour agir de la sorte ou était-ce simplement que ces principes étaient logés trop profondément en lui? Peu importait au fond! En son absence, pourquoi ne pas en profiter et s'accorder quelques petites dérogations aux sacro-saintes règles non-écrites mais bien présentes?
C'est avec un petit sourire au coin des lèvres que Mary se dirige vers le frigo pour en sortir une bouteille de vin blanc déjà ouverte mais rebouchée. Elle s'en verse un fond avant de changer d'avis et de remplir sa coupe presque à rebords. Au diable les bonnes manières! Un petit plaisir coupable, juste à soi, totalement mérité! Et drôlement, le vin lui semble meilleur. Une petite marche tranquille jusqu'au sofa sur lequel elle s'assoie, toute à son aise. La nuit est calme maintenant. La pluie à finalement cessé de tomber en fin de soirée, laissant le ciel clair, sans nuages.
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